1 septembre 2026

Le 40ème Mipcom au coeur d’une transformation sans précédent

Grand marché international d’automne des contenus audiovisuels, le Mipcom fêtait cette année à Cannes son 40ème anniversaire, alors que le secteur est en pleine mutation, et que l’euphorie liée au lancement des plateformes internationales retombe, face à la dure réalité du marché.

Certes, durant ces quarante années, le marché de l’audiovisuel a régulièrement subit des secousses, chaque nouvelle avancée technologique entrainant avec elle l’arrivée de nouveaux acteurs, qui génèrent ensuite une fragmentation du marché. Quarante ans c’est également l’âge que vient de fêter Canal+, c’était l’époque de la création des premières chaînes privées en France. Puis il y eu le développement des chaînes thématiques sur le câble et le satellite il y a un peu moins de 30 ans, de celles de la TNT il y a 20 ans, et ces dix dernières années, celle des plateformes OTT. Mais cette dernière (r)évolution, débouche sur , sans doute, la plus profonde transformation que le secteur n’ai jamais connu, celle de la plateformisation, de la modification des usages. Et il n’était pas rare de croiser dans les couloirs des professionnels internationaux inquiets des évolutions à venir, l’IA et l’inflation des budgets en rajoutant une couche.

Le marché est agité de signaux contraires. Même si la production est plutôt en baisse, notamment aux États-Unis, son niveau reste extrêmement élevé. Jamais il n’y a eu autant de productions ambitieuses partout dans le monde et de guichets pour les producteurs que ces dernières années. Mais l’avènement du streaming affecte maintenant les acteurs traditionnels, à plus ou moins grande échelle selon les marchés. Ils sont pressés d’opérer au plus vite, eux aussi, une mue numérique à la demande. Tandis que seule Netflix, parmi les plateformes SVoD globales, gagne pour l’instant de l’argent. Pendant ce temps là , la consommation de vidéo sur les plateformes de média sociaux gratuits, devenue centrale chez les jeunes audiences, est une concurrence de taille pour tous, la grane tendance 2024 étant la montée en puissance de Youtube dans les usages TV.

États-Unis, l’heure des restructurations drastiques

Premier affecté, le marché américain, celui qui jusqu’à présent donnait le là et d’où l’offensive est venue. Alors que les majors ont investi lourdement dans le streaming, ce dernier est encore un centre de coûts, et elles voient leur activité TV traditionnelle baisser, or c’est elle qui contribue aux profits. Les majors ont à nouveau annoncé cet été des restructurations et coupes budgétaires drastiques, avec licenciements par wagon. Quelques centaines encore chez Disney après les 7.000 de l’an dernier, 1.000 de plus du côté de chez Warner Bros Discover, 2.000 chez Paramount dans le cadre de sa fusion à venir avec SkyDance… 

Tony Vinciquerra

« Rendez-vous compte, Il y a dû avoir 15.000 destructions de postes dans notre industrie ces deux dernières années » commentait Tony Vinciquerra, le président sur le départ de Sony Pictures Entertainment lors de sa keynote. « Et vous avez vu ce qu’a dit Paramount? ils veulent réduire leurs dépenses de 2 milliards de dollars… Nous, nous avions restructuré il y a 6-7 ans donc ça va plutôt, mais le business n’est plus ce qu’il était. Il y a eu une période où tout le monde a dépensé, la peak tv a eu lieu il y a trois-quatre ans, vers 2020, on revient maintenant à des choses plus raisonnables ».

« Rester dans le jeu jusque 2026 »

Contrairement aux autres majors, Sony Pictures Entertainment a pris le parti de recentrer ses activités sur la production, de ne pas lancer de grande plateforme SVoD et de vendre la plupart de ses chaînes câblées. Le groupe a néanmoins une plateforme thématique, Crunchyroll, spécialisée sur l’Animé, qui dégage des profits a tenu à préciser Tony Vinciquerra. « Il était assez clair que ce business allait se détériorer » a-t-il commenté. « Les services de streaming finiront par gagner de l’argent, même si ce ne sera peut-être pas de gros profits, mais les chaînes câblées ne vont pas récupérer ». Il prédit un avenir proche qui risque d’être chaotique avec encore plus de fusions/acquisitions et de concentration, et peut-être des dépôts de bilan. « Mais une fois que tout cela sera passé, dans peut-être 24 mois, ou le temps que ça prendra, une chose est sure, la demande pour des contenus de divertissement peut changer mais elle ne va pas disparaitre!  » a-t-il rassuré.

Tony Vinciquerra a également signalé que l’inflation des coûts et les nouveaux accords avec les scénaristes et les acteurs à la suite des grèves avaient pour conséquence de mener vers une plus grande délocalisation. La production américaine se tourne de plus en plus souvent dans d’autres pays, comme l’Australie ou l’Europe, territoires avantageux pour le prix de leur main d’oeuvres ou leurs crédits d’impôts.

« Le tout est de rester dans le jeu jusque 2026 » lança-t-il. Et « Stay in the mix until 2026 » devint le refrain récurrent de tout le Mipcom 2024.

Alliances à la mode

Channing Dungey

Dans ce contexte, où l’argent se fait plus rare, les coproductions et autres formes de collaborations et partenariats reviennent sur le devant de la scène, y compris, comme on a déjà pu le voir ces derniers mois, d’acteurs américains de premier plan. « C’est quelque chose qui n’intéressait pas du tout Warner, mais avec les changements de ces dernières années, il devient plus difficile d’amener de grandes idées à l’écran, et en tant que studio nous devons nous demander comment monter ces projets, et si cela peut être fait avec des partenaires » indiquait Channing Dungey, Chairman et CEO de Warner Bros. Television Group. ‘Nous sommes de plus en plus motivés par l’idée de produire à l’international en travaillant avec d’autres sociétés ».

Par ailleurs, alors que les plateformes SVoD étaient à leur lancement dans un état d’esprit propriétaire, ne souhaitant pas partager leurs séries ambitieuses avec d’autres diffuseurs, il se confirme qu’elles deviennent plus souples, les unes après les autres. L’executive Vice President, Media networks and Content, de The Walt Disney Company, EMEA, qui supervise la production locale de Disney+ en Europe, a ainsi cité plusieurs exemples de productions avec partage de fenêtres. La série Whiskey on the Rocks va d’abord être diffusée sur la SVT en décembre prochain avant d’être lancée sur Disney+, à l’inverse Disney+ détient la première fenêtre du remake de la sitcom américaine Ghost avant TF1. Dans le même registre, la série de TF1 adaptée du manga Cat’s Eye, que sa filiale Newen commercialisait au Mipcom, a été produite en partenariat avec Amazon Prime Video pour la 2ème fenêtre France et la première en Amérique latine et au Japon. (TF1 avait déjà travaillé avec Netflix par le passé).

Animation, attention danger

Dans le domaine de l’animation aussi, les diffuseurs européens notamment publics, BBC compris, cherchent à s’associer sur des projets communs, ont-il déclaré d’une conférence du Mipcom Junior relayés dans le Mipdaily. Le directeur des programmes jeunesse de la Rai Luca Milano a par ailleurs alerté sur le changement de stratégie des plateformes de streaming, qui après avoir beaucoup développé la production d’animation, y compris en Europe, ont mis un sérieux coup de frein, « cela met les sociétés de production en danger », a-t-il alerté.

L’animation, très internationale à la base, est le secteur prenant le plus de plein fouet le retournement de situation actuel, et tout particulièrement l’animation française. Fleuron national à l’export, celle-ci voit ses chiffres de ventes à l’international se contracter. Par ailleurs, les sociétés française étaient devenues un prestataire actif pour fabriquer les séries d’animation des plateformes dont l’appétit était énorme. Mais elles se sont mise au régime sec.

Les couloirs bruissaient de rumeurs de sociétés en difficultés, après le dépôt de bilan une semaine plus tôt de l’important studio d’animation français, TeamTo, qui, voyant ses prestations américaines progresser, avait beaucoup investi dans de nouveaux locaux. Depuis la société italienne Riva Studio a déposé une offre de reprise, comme quoi tout n’est peut-être pas perdu quand même.

Participation économe

Ce 40ème Mipcom était le premier à se tenir après la décision de l’actionnaire RX d’arrêter son grand frère le Miptv qui se tenait chaque année en avril. On pouvait donc se demander si le Mipcom allait bénéficier d’une recrudescence en termes de participation. Mais, si l’activité fut soutenue, les chiffres furent en baisse. 10.500 participants, 500 de moins que l’an dernier, alors que les belles années le Mipcom a régulièrement dépassé les 13.000. Moins de participants par société, avec de plus petits stands, a expliqué la directrice du marché Lucie Smith. Elle a cependant signalé un renouvellement de profils avec l’arrivée de nouveaux exposants en lien avec le Innovation Lab, que RX avait cette année mis en place pour répondre aux interrogations des mutations technologiques. A la place du Miptv, RX va organiser le Mip London, une formule plus souple basée sur des screenings qui se tiendra en février en parallèle des London Screenings.

×